Le psychologue environnementaliste

Définition et repères historiques de la discipline 

La psychologie environnementale est « l’étude des interrelations entre l’homme et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles », (Moser, 2003). La spécificité de la psychologie environnementale est d’étudier les attitudes, les perceptions, les conduites en relation avec le contexte physique et social dans lequel l’individu évolue (Moch & Moser, 1997). 

Cette discipline est apparue en France sous l’impulsion de Claude Levy-Leboyer qui publie, en 1980, un ouvrage intitulé Psychologie et environnement. Maisc’est au Etats-Unis que la psychologie environnementale prend naissance avec la publication de l’ouvrage fondateur des psychologues sociaux Proshansky, Ittelson et Rivlin, dans les années 70 : Environmental Psychology : Man and his physical setting (1970) Ces chercheurs ont tout d’abord voulu répondre aux grandes questions soulevées par les architectes et les urbanistes sur la nature des relations entre l’homme et l’espace. Il s’agissait, en effet, de comprendre les effets de l’urbanisation massive, mais aussi de comprendre les effets de l’aménagement de lieux (de soins notamment) sur les comportements. Des idées passionnantes émanent de cette période. Par exemple, Robert Sommer (1969) développe la notion d’espace personnel. Cet espace qui nous entoure et qui régule l’intimité et les relations sociales en maintenant une distance minimale et sociale avec l’autre. Ou encore, la notion de « Behavior Setting » proposée par Barker (1978), qui met l’accent sur l’interdépendance entre comportements et environnement, comportements et site.  

Les thèmes (Moser, 2009) 

1 – Les effets de l’environnement physique et social sur les cognitions et les comportements

– Quels sont les effets du bruit ou de la densité sur le développement des enfants, mais aussi sur le bien être, les performances, la qualité des relations sociales ?
– Par quels processus psychosociaux, sommes nous gênés par les odeurs ou le bruit. 
– Quels sont les qualités d’un environnement reconstituant (« restorative environnent ») et quels en sont les bénéfices psychologiques ? 

2 – La perception, l’évaluation et la représentation de l’environnement

–  Comment sont perçus et évalués les lieux (de travail, de vie, les espaces naturels). Quels en sont les caractéristiques les plus saillantes ? 
–  Comment se construisent les images d’un lieu ? 
– Comment certains aménagement renforcent ou diminuent le sentiment d’insécurité ?

3 – La relation au cadre de vie

– Qu’est-ce que le « chez soi » ? 
– Quelles sont les fonctions de l’attachement au lieu ? 
– Comment les espaces habités participent à la construction de nos identités ?
– Comment amener les individus à effectuer des comportements favorables à l’environnement, à économiser l’énergie ? 
– Comment susciter des comportements de prévention face aux risques naturels ? 

Ces questions, non exhaustives, permettent de mieux comprendre les préoccupations des chercheurs et l’originalité de la discipline. Par ses questionnements et ses réponses la psychologie environnementale est une psychologie appliquée à la demande sociale. Dans la mesure où la psychologie de l’environnement s’intéresse au cadre de vie et au bien être, elle entretient des relations étroites avec la psychologie de la santé (Fischer & Dodeler, 2009). Elle partage avec la psychologie sociale un ensemble de théorie et de méthodologie. Pour certains chercheurs, c’est une psychologie sociale appliquée, alors que pour d’autres elle constitue une discipline de la psychologie à part entière (Moser, 2009). Ce débat toujours d’actualité n’est pas franco-français puisqu’il traverse la discipline dans le reste de l’Europe, en Amérique du Nord et du Sud. Il dépend aussi de l’environnement institutionnel dans lequel se développe la discipline. 

Le lecteur trouvera, sur le site, une liste des principales associations et revues scientifiques. Ces associations nationales et internationales regroupent des enseignants-chercheurs, des chercheurs et des praticiens en psychologie environnementales, mais aussi en architecture, urbanisme, géographie etc. Ce sont ces associations et ces revues qui font également évoluer la discipline.  

Pour en savoir plus

  • Barker, R. G. (1968). Ecological psychology: Concepts and methods for studying the environment of human behavior. Stanford, CA: Stanford University Press.
  • Bechtel, R.B. & Churchman, A. (Eds). Handbook of environmental psychology. New York: Wiley
  • Fischer, G. N. (1992). Psychologie sociale de l’environnement. Toulouse : Privat
  • Fischer, G.N. & Dodeler, V. (2009). Psychologie de la santé et environnement. Paris : Dunod. 
  • Lévy-Leboyer, C. (1980). Psychologie et environnement. Paris : PUF, Paris.
  • Moch, A. & Moser, G. (1997). La psychologie environnementale en France : perspectives actuelles. Psychologie Française, 42,2 p.103-106.
  • Morval, J. (2007). La psychologie environnementale. Montréal : Presse universitaire de Montréal
  • Moser, G. & Weiss, K. (2003). Espaces de vie: Aspects de la relation homme-environnement. Paris : Armand Colin. 
  • Moser, G. (2009). Psychologie environnementale. Bruxelles: de Boeck
  • Proshansky, H.M., Ittelson, R.W.  & Rivlin, L. (1970). Environmental psychology: Man and his physical setting. New-York: Holt, Rinehart & Winston
  • Sommer, R. (1969). Personal space: The behavioral basis of design. Englewood Cliffs, N.J.: Prentice-Hall
  • Weiss, K. & Girandola, F. (2010). Psychologie et développement durable. Paris : In Press 
  • Journal of Environmental Psychology (Elsevier)
  • Environment and Behavior (Sage pub) 

Ce chapitre, a été rédigé par : 
Barbara Bonnefoy, Maître de Conférences, Université Paris Ouest Nanterre la Défense et Laboratoire LAPPS (Laboratoire Parisien de Psychologie Sociale)
Stéphanie Pornin, Psychologue environnementaliste, membre fondateur de l’association City Zen
Peggy Buhagiar, Psychosociologue, Mairie de Paris, Bureau des temps.